20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 10:35
George Prevost le chef du Canada

George Prevost fut le gouverneur militaire et administratif de l'ensemble des colonies anglaises d'Amérique du Nord. A ce titre il était le général en chef des troupes anglaises et locales stationnées sur place et seul détenteur de l'autorité. Durant la guerre de 1812 il s'opposa à la stratégie de Isaac Brock qui préférait l'offensive à la position strictement défensive prônée par Prevost. Intelligent et efficace il fut complètement discrédité par la campagne menée contre la ville de Plattsburgh dans l'état de New-York en 1814.

Une carrière militaire fulgurante:

George Prevost naquit en Amérique du Nord dans le New-Jersey, colonie britannique, en 1767. Son père francophone suisse était lieutenant-colonel dans l'armée anglaise. Parfaitement bilingue, Prevost fut très tôt engagé dans la carrière militaire de par la volonté paternelle. Enseigne à 11 ans dans le fameux 60th régiment "Royal Americans" en 1779 dans lequel son père servait en tant qu'officier supérieur. Il fut ensuite transféré successivement dans le 47th et le 25th Foot puis revint dans le 60th regiment of Foot en 1790 avec le grade de Major soit une progression au grade supérieur tous les deux ans. La promotion très rapide fut certainement due à son père et à son grand-père maternel, banquier de son état, les charges d'officiers étant souvent achetées plutôt que reçues par le mérite. En 1794 il est lieutenant-colonel, en 1798 il devient colonel et participe à son premier engagement à Saint Vincent. Il devient général de brigade et gouverneur de Sainte Lucie. Sa sympathie naturelle pour les Francophones va lui permettre de s'attirer les faveurs des colons locaux avant d'être renvoyé en Angleterre en 1802.

Mais après la rupture du traité d'Amiens en 1803, Prevost doit affronter les forces françaises alors qu'il est gouverneur de la Dominique. Il est renvoyé en Angleterre en 1806 où il reçoit le grade de Major General et le commandement du district de Porthmouth et la gestion en tant que colonel commandant d'un régiment. Il est fait chevalier ou "baronnet" et prend le titre de Sir George Prevost. En 1808 il est renvoyé dans son Amerique natale avec le titre de lieutenant gouverneur de la Nouvelle-Ecosse. Sur place l'ennemi n'est plus la France de Napoléon mais son voisin américain dont l'attitude envers la Grande-Bretagne devient de plus en plus hostile. Prevost prend donc des dispositions pour renforcer préventivement les défenses de sa province. Il promulgue une loi sur la milice l'autorisant à lever un petit contingent local en cas de conflit. La guerre avec la France continuant, Prevost partit avec un corps expéditionnaire pour prêter main forte aux troupes anglaises des Caraïbes qui s'attaquaient à la Martinique. Une fois l'île capturée, Prevost rentra en Nouvelle-Ecosse en 1809. Durant son administration il parvint à apaiser les tensions qui existaient entre les différents corps législatifs et l’exécutif et prit grand soin de ne pas brusquer les représentants ce qui le fit grandement apprécier par la plupart d'entre eux. Alors que des tensions d'ordre religieux commençaient à se faire jour Prevost fut envoyé au Bas Canada en 1811 avec le titre de commandant en chef et gouverneur général des colonies anglaises d’Amérique du Nord. Il devenait le principal responsable administratif et militaire de tout le Canada.

Sur place il dut faire face aux tensions entre anglophones et francophones et en usant des mêmes techniques qu'en Nouvelle-Ecosse il parvint progressivement à calmer les esprits en octroyant un peu plus de pouvoir à la majorité francophone que Londres lui en avait laissé au début. Il choisit les leaders sur lesquels ils pouvait avoir de l'influence et éloigna les autres. L'important était de stabiliser la vie politique canadienne avant une éventuelle guerre avec les Etats-Unis, Prevost n'ignorait rien de la difficulté de sa position. La garnison britannique de 6000 hommes aurait besoin de l'appui de la milice, essentiellement francophone, pour repousser l'armée américaine trois fois plus nombreuse. Il fit en sorte de se rapprocher du clergé catholique pour faciliter la mise en place de ses lois sur la milice. Les canadiens catholiques accepteraient peut-être plus facilement de s'engager aux côtés des tuniques rouges si ils étaient adroitement manipulés par un clergé favorable au gouverneur. Lorsque la guerre éclata, la situation était relativement favorable pour accueillir les "militia act" qui appelleraient la milice canadienne sous les armes. Conscient de l'importance de la Royal Navy dans la défense de la colonie, il prit en charge les activités logistiques et militaires de la marine placée sous ses ordres directs tout en développant au mieux la marine provinciale sur les grands lacs. Il savait meiux que personne que la survie de la Province dépendrait avant tout de la bonne utilisation de ses ressources plutôt que d'espérer une intervention extérieure. Londres ne pouvait mobiliser la moindre force pour aider le Canada, la guerre contre la France accaparait tous ses moyens militaires. Au final le Canada était relativement prêt à combattre malgré la différence apparente défavorable d’effectif.

La guerre de 1812:

Quand la guerre de 1812 fut déclenchée, les consignes de Londres étaient claires, Prevost devait tenir à tout prix Québec, principale forteresse du Canada, et limiter ses offensives dans le seul but de repousser les Américains hors des frontières canadiennes. Prevost se limita à un renforcement de ses défenses sans prendre la moindre initiative stratégique en vue de contrer les efforts ennemis ce qui irrita son principal subordonné, le lieutenant gouverneur du Haut Canada, Sir Isaac Brock. Ce dernier voulait profiter de l'immensité du territoire pour s'attaquer aux postes américains isolés et encore ignorant de la guerre comme le Fort Mackinac aux portes du Michigan. Malgré les victoires de Mackinac et de Détroit, Prevost conclut un armistice avec les Américains espérant gagner du temps. L'armistice Dearborn Prevost fut désavoué par Londres et par Brock qui voulait profiter de l'apparente impréparation ennemie pour lui causer encore plus de torts. Prevost espérait sincèrement une résolution du conflit par la négociation. L'armistice qui entra en vigueur le 20 août 1812 ne tint pas longtemps. Lorsque Washington eut vent des démarches entreprises par le général Dearborn il en rejeta les termes et le fit annuler. Lorsque Borck apprit la mise en place de ce cessez-le-feu, le 23 août, il fut atterré et se précipita vers Fort George. Mais même si l'armistice ne dura pas, il favorisa les Américains qui en profitèrent pour amener plus de troupes sur le lac Ontario tout en se réorganisant après leur désastreuse campagne de Détroit. Quand les hostilités reprirent, les Anglais étaient désavantagés et devaient se préparer à une attaque dans le secteur du Niagara.

La tentative de conciliation de Prevost fut un échec et risqua même de provoquer l’effondrement de sa ligne de défense. La bataille de Queenston Heights fut une victoire anglaise mais le général Brock fut tué et son remplaçant ne fut pas à la hauteur. Les événements de 1813 marquèrent la volonté de Prevost de sauvegarder sa ligne de ravitaillement entre Québec et Kingston au détriment d'une partie du Haut Canada et du Lac Erié. Il demanda à l'amiral Yéo de concentrer ses efforts sur la défense du lac Ontario et de sa principale base : Kingston. Mais des divergences d'opinion firent que les deux hommes coopérèrent mal avec de funestes conséquences car la domination navale américaine des Lacs augmentait et avec elle la menace sur les voies d'approvisionnement anglaises. En 813 la campagne menée par l'amiral Cochrane sur les côtes américaines permit à Prevost de souffler un peu car les forces de la Royal Navy avaient entrepris des attaques sur le sol américain. La situation sur les frontières canadiennes s'aggrava avec les attaques sur Montréal qui furent repoussées, la destruction du contingent de Detroit et d'Amhersburg à la bataille de Moraviantown, la perte de contrôle du lac Erié et en 1814 les attaques sur le Niagara. Londres envoya finalement un détachement d'environ 12000 hommes, la guerre avec la France avait pris fin et l'Angleterre était désormais disposée à s'occuper du problème américain.

Prevost fut chargé de mettre en œuvre une opération visant à sécuriser définitivement les frontières de sa colonie et d'infliger à l'ennemi des pertes conséquentes en vue des négociations qui se déroulaient à Gand. Cette opération sera l'attaque sur Plattsburgh et le terrible échec des forces anglaises. http://history-uniforms.over-blog.com/page-5902267.htmlhttp://

Le retrait des forces anglaises après la bataille du lac Champlain alors qu'elles avaient acquis un avantage certain sur la rive est perçu aujourd'hui comme la démonstration du manque d'enthousiasme pour toute offensive de la part de Prevost. Il ne s'imaginait pas et ne voulait pas conduire une opération en territoire américain, l'échec de l'opération lui est imputable à ce niveau plus que dans la préparation du combat en elle-même. Brillant administrateur, il apparaît qu'il n'était pas le chef militaire idéal pour mener à bien de telles missions. La mort de Brock en 1812 a définitivement enlevé aux Anglais d'Amérique du Nord le leader militaire dont ils avaient besoin pour attaquer l’Amérique même si tel n'était pas le but de guerre.

Une fin amère:

Georges Prevost après son échec à Plattsburgh fut rappelé en Angleterre, il est remplacé comme gouverneur par George Murray. En Angleterre ses explications se heurtent au rapport de l'amiral Yéo avec qui il avait eu des différents durant la guerre et Prevost dut se résoudre à demander qu'une cour martiale soit tenue pour s'expliquer en public et se dédouaner.La cour martiale qu'il avait mandée pour pouvoir s'expliquer ne pourra se tenir, la mauvaise santé de Prevost et le temps nécessaire pour que les témoins arrivent du Canada auront raison de lui. George Prevost meurt le 5 janvier 1816 à 48 ans.

La défense du Canada doit certainement beaucoup à l'ensemble des mesures que Prevost, administrateur efficace, a pris durant les mois précédant la guerre. Sa conduite envers la majorité francophone lui permit de partir du Canada sous les applaudissements de ces derniers quand les anglophones le huaient. Il apparaît évident que cet officier était un négociateur et un gestionnaire avant d'être un leader militaire de la trempe de Brock ou Wellington mais que sans lui tous les héros du monde n'auraient certainement pas pu empêcher le Canada d'être envahi par les États-Unis. La terrible défaite qu'il a subie à Plattsburgh a effacé l'ensemble de son travail de fond au Canada, qui pourtant a fait la différence dans les combats. Il sera difficile de lui ménager une place de choix dans le panthéon des héros anglo-canadiens à côté d'Isaac Brock mais elle serait pourtant ô combien méritée.

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Published by Olivier Millet - dans portrait
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