23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 10:20
Le traité de Gand 24 décembre 1814

Il y a 200 ans exactement le traité de Gand en Belgique mettait fin officiellement à la guerre de 1812. La signature de cet acte ne signifia pourtant pas l'arrêt des combats sur le terrain et ne résolut qu'imparfaitement les griefs qui avaient conduit au conflit. La dernière action de la guerre de 1812 eut lieu en mer où les navires ne purent être prévenus à temps de la fin des combats.

Les buts de guerre

Si la cause principale de la guerre du point de vue américain avait été la presse de la marine de guerre anglaise sur les navires américains, l'abdication de Napoléon premier en avril 1814 qui avait mis un terme aux guerres napoléoniennes avait également de facto mis fin aux agissements de la Royal Navy sur les bateaux neutres. En effet la marine de guerre du Royaume Uni en guerre contre la marine française manquait cruellement de marins pour son combat mais une fois la guerre contre la France terminée ce besoin ne devint plus du tout une priorité. Ainsi la cause principale de la guerre de 1812 s'était éteinte avec le pouvoir de Napoléon 1er et non grâce à une campagne militaire sur le continent américain. Mais "L'impressment" n'était pas la seule raison du conflit.

Pour les Américains, le problème lié aux activités indigènes n'était toujours pas résolu et justifiait à lui seul la continuité des combats. La guerre de 1812, de ce point de vue, expliquait l'expansion colonisatrice sur les territoires amérindiens par les forces américaines. L'implication d'agents supposés britanniques dans la révolte menée par Tecumseh permettait à Washington de justifier ses actions contre les tribus hostiles, considérées dès lors comme alliées des Anglais. De toute évidence l'expansion vers l'Ouest et le sud était nécessaire pour une population grandissante en mal de terres arables. La guerre de 1812 était une opportunité de gagner du terrain sur le dos des Amérindiens avec une justification officielle incontestable. D'ailleurs la fin de la guerre anglo-américaine ne mit pas un terme aux opérations militaires contre les Amérindiens loin s'en faut, elle fut le catalyseur d'un conflit larvé en Amérique du Nord qui se poursuivra jusqu'à la fin du 19ème siècle.

Les pourparlers de paix ayant débuté depuis 1813, une médiation de la part des Russes avait été refusée par les Anglais. Ce fut en août 1814 en Belgique que fut décidée l'organisation des pourparlers définitifs devant régler le conflit. Les négociations à proprement parler débutèrent en août 1814. les Anglais comme les Américains tentèrent tout ce qui était en leur pouvoir pour prendre un avantage certain sur le terrain et peser ainsi sur les négociations en cours ou à venir. L'incendie de la capitale américaine avait d'ailleurs été une des raisons pour lesquelles les Anglais voulaient imposer aux Américains le fait qu'ils s'estimaient vainqueurs du conflit. Ces derniers estimant que les défaites anglaises à Baltimore et Plattsburgh balayaient ce point de vue. La campagne sur la Nouvelle-Orléans peux être vue comme la mission ultime pour faire pencher la balance dans les discussions en Belgique. Mais les retards sur le terrain et la signature en décembre du traité empêchèrent l'attaque en Louisiane d'avoir un impact. Nul doute que l'annonce du désastre du corps expéditionnaire britannique face au général Jackson à la bataille du 8 janvier 1815 aurait eu un effet important sur les délégations réunies à Gand.

Des négociations difficiles

La délégation britannique était composée de l'amiral James Gambier, du diplomate Henry Goulburn et d'un avocat William Adams. La tâche qui les attendait était difficile car le gouvernement de sa majesté désirait imposer plusieurs points qu'ils serait compliqué de faire accepter par les Américains. Ces points comprenaient :

-le maintien exclusif d'une flottille sur les grands lacs et la possibilité de construire des forts sur ses rives

-le droit de navigation sur le Mississippi, sous contrôle américain

-la création d'un "état" amérindien pour officiellement tenir leur parole vis-à-vis de ces populations et officieusement créer un état tampon entre provinces anglaises et les États-Unis.

-la conservation des forts Niagara et Mackinac

De telles exigences avaient un double but :permettre de faire traîner les négociations afin que les troupes anglaises, en constant renforcement, prennent l'avantage sur le terrain. Demander beaucoup pour obtenir moins mais obtenir néanmoins un gain positif territorial.

Les Américains de leur côté étaient emmenés par une délégation comprenant le bouillant Henry Clay faucon pro-guerre, l'ambassadeur Jonathan Russell, le sénateur Ashton Bayard, l'ex-ministre des finances Albert Galatin et enfin John Quincy Adams l'un des plus brillants diplomates américains.

La principale mission des Américains était de faire cesser l'enrôlement forcé des matelots américains par la Royal Navy, mais avec la fin de la guerre en Europe, cette condition devint caduque et les Américains furent plus enclins à contrer les exigences des Anglais plutôt qu'à en exprimer.

La question de la création d'un état indien était tout simplement inacceptable pour eux ne serait-ce que pour les milliers d'Américains vivant sur ces terres et qui seraient obligés de les quitter.

La demande de restitution des forts capturés étaient également en contradiction avec les exigences britanniques. En outre la capacité exclusive de faire naviguer une flottille de guerre sur les grands lacs irritait particulièrement les Américains qui avaient remporté les deux affrontements majeurs de la guerre dans ces secteurs. Le lancement du géant HMS Lawrence ne devait rien changer au fait que ni les Américains ni les Anglais ne dominaient le Lac Ontario. Le lac Erié était sous domination américaine ainsi que le lac Champlain. Si les Anglais avaient de telles exigences c'est parce qu'en 1814 ils avaient plusieurs opérations majeures en cours ou en préparation. Les attaques sur la baie de la Chesapeake et notamment Washington, sur Plattsburgh, sur le Maine et la Nouvelle Orléans devaient porter un coup fatal aux Américains et les forcer à accepter l'ensemble de leurs exigences. En outre il faut rappeler que la côte des États-Unis était toujours soumise à un blocus continuel de la Royal Navy qui se renforçait avec l'arrivée des unités libérées par la fin de la guerre contre les Français.

Mais si la capture d'une partie du Maine fut une réussite sans lendemain, les défaites de Baltimore et Plattsburgh furent une humiliation qui donna un crédit énorme à la délégation américaine. La bataille de la Nouvelle Orléans n'aurait lieu qu'en janvier 1815 mais son effet n'aurait été que plus dévastateur et aurait peut-être permis aux Américain d'exiger plus de choses en retour. Mais si la fin de la guerre en Europe contre Napoléon avait permis de renforcer l'armée anglaise au Canada, elle dressait un triste bilan de l'état des finances anglaises. L'Angleterre n'avait tout simplement plus beaucoup le choix entre poursuivre une guerre coûteuse, inutile et qui devenait de plus en plus impopulaire et une négociation honorable quitte à renoncer à certains points litigieux entre les deux délégations.

Ce furent évidement les absents qui eurent tort, les Amérindiens furent les véritables perdants des négociations en Belgique car la création de l'état amérindien fut abandonnée. Les territoires indigènes occupés par les Américains étaient officiellement perdus pour les différentes tribus.

Les deux délégations arrivèrent finalement à un accord. Les territoires occupés devront être restitués à leur ancien propriétaire, exception faite des territoires espagnols occupés par les Américains. Les esclaves en fuite et incorporés dans les rangs anglais devront être restitués ou remboursés, les navires capturés devront être également rendus et les prisonniers des deux camps libérés.

Le traité de Gand 24 décembre 1814

La signature et la ratification du traité

Le traité est officiellement signé le 24 décembre dans le vieux cloître des Chartreux de Meerhem il comporte 11 articles.

Le premier article stipule le retour aux frontières d'origine telles qu'elles existaient avant le début de la guerre, on parle ainsi d'un statut quo "Ante Bellum".

Le second article stipule la cessation des hostilités entre les deux parties sur terre et sur mer, clause difficilement applicable immédiatement du fait de l'éloignement de certaines unités, particulièrement celles de la marine qui seront les dernières à combattre. Néanmoins une clause précise que dès la ratification du traité une période allant de 12 à 120 jours en fonction du lieu géographique sera respectée afin que toute prise de guerre (navale essentiellement) soit considérée comme une prise légale ou non. Les navires capturés après ce délai légal seront restitués à leur propriétaires.

L'article numéro 3 est consacré à la situation des prisonniers et à leur retour. Le remboursement des frais liés à leur captivité devra être pris en considération par la nation récupérant ses prisonniers.

Les 4 articles suivants fixent les frontières et les modalités pour leur établissement définitif sur le terrain. Une zone est définie dans laquelle toutes les parties conquises seront restituées à leur précédent propriétaire. Une exception concernant des îles de la baie de Passamaquoddy précise que ces dernières seront conservées par la puissance occupante.

Le problème des frontières sera incomplètement résolu, il faudra attendre la signature du traité Webster Ashburton en 1842 pour que la frontière nord soit clairement définie.

L'article 9 déclare la fin des hostilités entre les nations amérindiennes et les Anglo-américains. Là encore cette décision est de pure forme car si les Anglais n'auront que peu de conflits avec les indiens d'Amérique du Nord, les Américains dans leur expansionnisme croissant n’arrêteront jamais le combat contre les Tribus. Citons la première guerre Seminole en 1818, la seconde en 1832, la guerre de Faucon noir en 1832 et la Guerre contre les Creeks en 1836. Tous ces conflits découlent directement ou indirectement de la guerre de 1812 et des actions militaires menées sur les territoires de ces différentes tribus.

L'article 10 est intéressant car il évoque le problème de l'esclavage. Il stipule que les Américains et les Anglais sont favorables à son abolition confirmée par la convention de 1818 entre les deux nations. Inutile de préciser que ce fut encore une fois un vœu pieux car il faudra attendre 1863 pour que Abraham Lincoln, président des États-Unis proclame seulement l'émancipation des esclaves. Le 13ème amendement de 1865 confirmera l'abolition de l'esclavage mais sans interrompre la ségrégation raciale. Les Anglais de leur côté furent bien plus prompts à sortir de l'esclavage puisqu'ils votèrent son abolition en 1833. En outre Les esclaves échappés des plantations et emmenés ou enrôlés par les Anglais, s' ils ne sont pas restitués aux Américains, leur valeur doit être remboursée.

L'article 11 enfin précise que la ratification "sans altération" du traité devra être réalisée dans un délai de 4 mois. Le traité voyagea entre l'Europe et le continent américain à bord du HMS favorite et arriva à New-York le 11 février 1815

Le président américain James Madison et le Roi Georges ratifieront le traité en février 1815.

Comme souvent dans l'histoire, le traité de paix qui met fin à la guerre de 1812 est incomplet et source potentielle de conflits futurs. Ces conflits seront essentiellement le fait des Américains et des Amérindiens. Ces derniers ayant été oubliés sciemment et spoliés par le traité de Gand, devront lutter seuls, contre l’expansionnisme américain avec le résultat que nous connaissons. Si des tensions surgiront entre Américains et Anglais notamment au sujet des droits de pêche, des frontières Nord et plus tard du fait des conséquences de la Doctrine Monroe au Mexique, de la guerre de Sécession et de l'expansion vers le Nord Ouest, il n'y aura plus de guerre entre ces deux nations mais au contraire de multiples accords stratégiques qui trouveront tout leur sens durant les deux guerres mondiales. Le traité de Gand qui officialise le statu quo ante bellum signe donc un match nul entre une Angleterre au sommet de sa puissance militaire mais épuisée financièrement et aspirant plus que jamais à la paix, et les États-Unis, surpris de s'en être aussi bien sortis dans un conflit contre la première puissance du monde.

Sources et Liens

Le traité conservé à la librairie du Congrès :

http://www.ourdocuments.gov/doc.php?flash=true&doc=20

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Published by Olivier Millet - dans évènement
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