22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 10:42

  MICHIGAN1812

L'armée américaine du Nord-Ouest commença à se regrouper vers le Nord pour préparer l'attaque du Canada. L'objectif des Américains consistait à s'emparer de la région autour des grands lacs et à couper les communications entre le Bas et le Haut Canada. Le lieutenant-gouverneur Isaac Brock avait déjà pris des mesures bien avant le déclenchement du conflit, il avait appelé la milice sous les armes, préparé et pré-positionné certaines de ses forces et surtout il avait en projet de frapper le premier. Pour ce faire il utilisa ses agents du département des affaires indiennes et son réseau de renseignement. L'un d'entre eux, Robert Dickson, commerçant en fourrure était très respecté des indiens du Nord-Ouest et  avait patiemment tissé des liens durables avec ces derniers. Grâce à lui, les Anglais étaient en mesure de compter des contingents de guerriers Sioux, Winnebagos, et Menominee dans leurs rang pour leurs futures attaques. Une des cibles que Brock envisageait d'attaquer était l'avant-poste américain qu'il jugeait le plus isolé et donc peut-être même dans l'ignorance du début de la guerre : le fort Mackinac.(voir pour plus de détail ici : Le fort Mackinac durant la guerre de 1812  

 

Ce petit poste était le plus éloigné vers le Nord-Ouest de toute la frontière américaine, sa garnison n'excédait pas les 60 hommes dont beaucoup étaient malades. Le fort protégeait l'accès au Nord-Ouest lieu du commerce des fourrures à la pointe des lacs Huron et Michigan. Le commandant du fort, le lieutenant Porter Hank, était dans la plus totale ignorance des récents événements : les nouvelles mettaient du temps à parvenir jusqu'à lui, tout comme le ravitaillement, ce qui affectait beaucoup le moral de ses hommes. Le 17 juillet 1812, une force combinée de soldats anglais, de voyageurs canadiens et de guerriers indiens débarqua et s'empara facilement des habitations situées en contre-bas du fort, tandis que la garnison endormie était toujours sans nouvelles du haut-commandement depuis neuf mois. Une fois en place, les Anglais placèrent deux pièces de 6 livres qui commencèrent à tirer sur le fort. Conscient de son infériorité numérique et incapable de répondre au feu ennemi, Hank consentit à rendre les armes. Le fort Mackinac tomba sans effusion de sang et sans combat; sa garnison, abasourdie et complètement prise au dépourvu, fut emmenée en captivité. L'attaque de Mackinac refléta l'option stratégique choisie par le gouverneur Brock dans le début du conflit. Cette vision stratégique résolument offensive, et ce malgré la faiblesse numérique qui caractérisait son armée, l'opposa à celle du gouverneur du Canada. George Prevost, plus porté sur la défensive, refusait de se risquer dans des actions qui pouvaient réduire à néant le faible effectif militaire chargé de défendre la province tout entière.

 

Plus au Sud, la nouvelle de la guerre avait atteint le général Hull mais après ses adversaires car la voie postale normale avait été choisie pour expédier ce pli important, alors que les Anglais envoyèrent, au moyen de porteurs de dépêches spéciaux, la déclaration de guerre, prenant de vitesse les Américains. L'armée de William Hull avait reçu l'ordre de se diriger vers fort Détroit et s'était frayé un chemin difficile à travers bois et marais sur 320 km progressant lentement ; une partie de ses hommes furent touchés par la malaria, d'autres moururent d'épuisement. Tous ces préparatifs n'avaient pas échappé aux indiens de Tecumseh qui épiaient leurs moindres mouvements. Le 5 juillet, Hull atteignit fort Detroit et reçut ses ordres lui enjoignant de s'emparer de fort Malden, près de la ville d'Amherstburg située de l'autre côté de la rivière Détroit à une vingtaine de kilomètres du fort américain.


Le 12 juillet, soit cinq jours avant la chute de Mackinac, les Américains avaient lancé leur offensive sur le Haut Canada depuis fort Detroit et avaient déjà occupé la ville de Sandwich située de l'autre côté de la rivière en face de Detroit. Mais la progression était lente à travers une zone forestière dense et seule la rive des lacs et des rivières était praticable pour les canons que les Américains emmenèrent avec eux. Après avoir pris Sandwich, Hull  s'installa, lui et son armée de 1600 hommes, dans une apathie qui consterna les autres officiers, refusant de poursuivre plus avant alors que les rapports lui indiquaient qu’Amherstburg était mal défendue et tomberait facilement. Le 20 juillet, il lança une proclamation aux Canadiens les exhortant à rendre leurs armes ou mieux à venir combattre à ses côtés contre l'oppresseur anglais. Cette proclamation eut pour effet de refroidir les ardeurs combatives de la milice canadienne, notamment celle du comté de Norfolk. Mais hormis quelques raids contre les fermes du secteur afin de piller les réserves de nourriture, Hull ne bougeait pas alors que la supériorité numérique était de son côté. La situation à fort Malden à Amherstburg devint néanmoins critique, le moral flanchait lentement chez les 850 miliciens mobilisés pour sa défense et une semaine plus tard seuls 450 étaient encore en place. L'arrivée de nombreux indiens en ville posait des problèmes d'ordre public, lors d'un accrochage près du pont aux canards, un soldat anglais du 41st regiment of foot, tué par les Américains, fut scalpé et sa chevelure revendue aux Anglais...


Mais Hull n'avait confiance ni en son armée composée en majorité de miliciens prompts à se débander, ni en ses officiers, comme le colonel Lewis Cass qu'il jugeait trop agressif et désireux de se faire un nom par une action d'éclat. Et il craignait par-dessus tout les troupes indiennes dont il n'ignorait pas la présence en grand nombre dans la région et qui se rassemblaient pour contre attaquer. Ses craintes se ravivèrent lorsqu'un de ses détachements tomba dans une embuscade à Brownstown, au sud de Détroit, tendue par les indiens Wyandot et les guerriers de Tecumseh arrivés sur les lieux récemment. Les Américains souffrirent d'un taux de pertes élevé malgré une différence d'effectifs en leur faveur de vingt contre un.


Pire encore, une partie du matériel de l'armée de Hull qui naviguait sur le Schooner Cuyahoga Packet et qui remontait tranquillement la rivière détroit en direction du fort Detroit,  fut interceptée par un parti de soldats anglais. Ces derniers s'emparèrent du navire, de son matériel et surtout de la correspondance du général Hull qui confirma aux Anglais les effectifs engagés dans la campagne, ses dispositions futures et surtout la crainte de ce dernier de devoir affronter les troupes indiennes. Rapidement transmises à Brock, ces informations se révélèrent capitales dans la suite de la campagne. Brock avait parfaitement saisi l'avantage qu'il pouvait en retirer en exploitant les craintes de son ennemi envers les guerriers indiens, d'autant plus que le leader Shawnee Tecumseh allait lui procurer un fort contingent de ses redoutables combattants. Tentant de rouvrir sa voie d'approvisionnement au sud du Fort Detroit, Hull envoya un fort détachement de 600 hommes ouvrir la route, mais ces derniers tombèrent encore dans une embuscade à Maguagua le 8 août. Heureusement les soldats anglais et les guerriers Shawnee, furent repoussés avec pertes, mais toutes ces nouvelles ébranlèrent la confiance du général Hull qui convoqua un conseil militaire afin de discuter d'un éventuel retrait.

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ci-contre Hull à Detroit, visiblement très inquiet

 

Dans le même temps Hull envoya des ordres vers l'avant-poste de Fort Dearborn pour demander à sa garnison de quitter le fort et de se replier vers Detroit. Le commandant du fort Dearborn, le capitaine Nathan Heald, savait qu'il pouvait tenir plusieurs mois derrière les murs en bois de son fort et que les nombreux civils qui le peuplaient seraient plus en sécurité dedans qu'à tenter une sortie risquée en territoire indien avec une faible escorte. Mais Heald était un bon soldat et obéit aux ordres de Hull. Mal lui en prit ; la petite garnison d'une soixantaine d'hommes tomba dans une embuscade et fut intégralement massacrée ainsi que les femmes et les enfants qui étaient avec eux par les 500 indiens Potawatomis envoyés contre eux. Sur le secteur de détroit, contre toute attente et malgré les protestations de ses officiers, les forces du général Hull rebroussèrent chemin vers fort Détroit. Deux jours plus tard Isaac Brock arrivait à Amherstburg. L'initiative avait changé de camp et les Anglais purent passer à l'attaque.

 

Le 15 août un duel d'artillerie avait lieu entre les canons anglais et américains de part et d'autre de la rivière Detroit sans résultats notables. Lentement mais sûrement les forces de Brock entourèrent le fort Detroit où s'étaient enfermés 2200 hommes. Brock qui avait rencontré Tecumseh 3 jours plus tôt savait la peur que les guerriers indiens inspiraient au généralissime américain et décida d'exploiter cette faiblesse. Il fit en sorte qu'un faux message indiquant que plus de 5000 guerriers indiens

FourColours

s'étaient joint à ses forces parvienne dans les mains du général Hull. En outre pour masquer le manque de troupes régulières il fit habiller de tuniques rouges supplémentaires du 41st regiment of foot, les miliciens canadiens qui étaient avec lui. Une flottille de deux navires anglais, les HMS Queen Charlotte et général Hunter, arrivèrent face au fort Detroit et le soumirent à un intense bombardement qui fit quelques victimes dans le fort. Hull, craignant pour la vie de sa propre famille et de ses hommes, intoxiqués par les manœuvres de Brock et horrifiés par les cris poussés par les guerriers indiens hors du fort vit sa détermination s’effondrer.
Le 16 août, quand il reçut la demande de reddition d'Isaac Brock lui enjoignant de se rendre afin d'éviter tout débordement de la part de ses alliés indiens, il fit hisser le drapeau blanc.

 

ci-contre les drapeaux américains capturés à Detroit

 

 

la première grande victoire de la guerre de 1812 avait été réalisée avec un minimum de morts de part et d'autre et eut un impact psychologique énorme sur les tribus indiennes de la région qui étaient encore indécises. Les Anglais venaient non seulement de neutraliser une des trois armées américaines lancées contre eux (2200 hommes des 1st, 3rd et 4th US infantry, deux escadrons de cavalerie, 3 régiments de milice de l'Ohio et un régiment de milice du Michigan ainsi que 39 canons et un brick), mais plus important, tout le territoire du Michigan tombait sous leur contrôle.

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Ci-dessus les vaincus défilent devant les vainqueurs, ont reconnait l'uniforme américain modèle 1810 avec ses lacets de poitrines en V, les soldats anglais sont ceux de la compagnie légère du 41st foot avec ses cols et manches rouges.


Hull fut traduit devant la cour martiale et dut répondre de cet affront, alors qu'il ne pensait qu'à sauver les 700 civils dont sa fille et sa petite-fille d'un éventuel massacre de la part des indiens. Le pauvre Hull, abusé, fut la victime d'un des plus spectaculaires exploits militaires réalisés durant la guerre de 1812. Le général Brock devenait un héros national au Canada mais ce dernier ignorait que son destin allait le rattraper plus à l'ouest près de la ville de Queenston.

 

(textes et cartographie Olivier.millet@2013)

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