5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 12:33
La campagne du Niagara juillet à octobre 1814 (2)

Les Américains qui s'étaient retirés sur Chippawa effectuèrent une reconnaissance en force pour vérifier la position de l’armée anglaise. Scott qui commandait la mission tomba alors 4 km plus au nord sur l’armée anglaise établie sur une colline près d’une église à Lundy’Lane. Les Anglais étaient déployés en force et avaient établi leur artillerie sur le sommet de la colline. Aussitôt Scott envoya une dépêche à Brown lui indiquant sa position et celle de l’ennemi et lui demandant de lui envoyer des renforts, puis contre toute attente, il prit la tête de sa brigade et attaqua. Les Anglais possédaient une force conséquente (1900 hommes) et une forte artillerie (2 x 24 livres, 2 x 6 livres et des roquettes Congrève).La majeure partie de la brigade de Scott aborda de manière frontale les lignes ennemies, tandis que le 25th US regiment menait une attaque de flanc par un sentier forestier sur la droite du dispositif. Pendant que les troupes de Scott subissaient un tir d'artillerie meurtrier et n'ayant que leurs mousquets pour répliquer, le 25th US prit par surprise le flanc gauche anglais qui se déployait en ligne de bataille ( milice d'élite incorporée du Haut Canada, compagnies légères des 1st et 8th foot). Les Américains attaquèrent et repoussèrent le flanc gauche anglo-canadien complètement pris par surprise. A cette occasion de nombreux soldats anglais furent capturés ainsi que le général Riall (commandant en chef malheureux de la bataille de Chippawa). A cet instant, le général anglais commit un impair tactique : il redéploya sa ligne de front pour pallier le désordre de son flanc gauche tout en faisant rétrograder son centre et les glengarry light qui harcelaient le flanc gauche américain. Ce faisant il laissa quasiment sans protection son artillerie juchée sur la colline à la merci de la moindre attaque ennemie ce que Scott, prompt à réagir, vit immédiatement. Les renforts américains de la deuxième brigade arrivaient et Scott demanda au 21st US regiment du Lieutenant-Colonel James Miller de lancer une attaque de flanc, sous couvert des bois, sur l'artillerie anglaise. Ce à quoi le jeune lieutenant-colonel répondra une phrase entrée depuis dans la légende de l'US army : « i'll try sir » : je vais essayer !
L'attaque de flanc réussit et les artilleurs anglais furent fusillés puis chargés par le 21st. Les canons anglais étaient désormais aux mains des Américains.

La bataille changea alors de visage. Décimée par le feu ennemi, la brigade de Scott ne formait plus qu'un seul bataillon mais les renforts de la deuxième brigade occupaient la colline et surtout tenaient les canons anglais qu'ils retournaient contre leurs anciens propriétaires. Les renforts anglais arrivèrent également sous les ordres de Hercules Scott, mais, non avertis de la tournure des événements, tombèrent directement face à la deuxième brigade et furent sévèrement repoussés, perdant même toute leur artillerie (3 x 6 livres) et ne durent leur salut qu'à l'intervention opportune de la compagnie légère du 41st foot. La journée touchait à son terme et l'obscurité arrivant, les erreurs de tir furent nombreuses. Drummond lança une contre-attaque pour reprendre les canons, sans soutien d'un écran de tirailleurs, et fut repoussé. Les glengarry light furent pris pour cible par d'autres troupes anglaises et se replièrent à leur tour.
Le bataillon unique de Scott décimé subissait lui aussi le feu de ses frères d'armes qui les prenaient pour des Anglais (le nouveau shako américain ressemblant trop à celui des Anglais et lui donnait une silhouette similaire) et se débandèrent.
Une troisième et dernière tentative des Anglais échoua. Les Anglais avaient la lune montante dans le dos et se découpaient fort bien dans le noir offrant de bien meilleures cibles aux Américains qui tenaient sans faiblir la colline et ses canons.
Finalement Drummond abandonna toute offensive et se replia laissant les Américains maîtres du terrain et de ses canons et dès lors victorieux.
Décimé, Brown ordonna à ses troupes de se retirer à leur tour en abandonnant les collines, théâtre d'un si terrible affrontement. Scott blessé, se retira avec les restes de sa brigade ainsi que Ripley et la deuxième brigade, malgré les protestations des officiers subalternes qui ne comprenaient pas pourquoi on abandonnait le terrain si chèrement acquis.

Le 26 juillet, Brown ordonna à Ripley de récupérer les canons anglais qui n'avaient pu être ramenés faute de train d'artillerie. Ripley s'exécuta mais se rendit compte que les Anglais avaient réoccupé la colline et récupéré leurs canons. Dégoûté, Ripley retourna vers le sud rejoindre le reste de l'armée. La bataille de Lundy's Lane était terminée. Elle fut le plus âpre combat de la guerre et coûta 774 tués, blessés et disparus aux Américains ainsi que 28 prisonniers, tandis que les Anglais accusaient 800 tués, blessés et disparus auxquels s'ajoutaient 169 prisonniers.
Les gains pour les Américains furent nuls. Ils avaient attaqué en sous-effectifs un ennemi supérieur et mieux retranché ; ils l'avaient repoussé tout en capturant toute son artillerie pour finalement abandonner le champ de bataille et laisser les Anglais reprendre ce qu'ils avaient perdu. Les Anglais n'avaient pas vaincu, ils avaient même été repoussés alors que les conditions leur étaient favorables. Ils purent s'estimer heureux du résultat de cette journée et en profitèrent pour récupérer l'initiative sur les Américains qui rétrogradaient vers le fort Érié. Un long et sanglant siège s'annonçait.

Les Américains avaient encore une fois démontré leur supériorité tactique ainsi que celle de leur commandement malgré des manquements évidents (absence de coordination avec la flotte américaine, déficience dans la reconnaissance de l'ennemi). Scott s'est montré très, peut-être trop agressif et a accepté une bataille difficile qui aurait pu conduire à un désastre. La brigade de Scott s'est montrée à la hauteur de sa légende naissante et a fait preuve d'une bravoure admirable sous le feu ennemi. Si Chippewa avait suscité l'incrédulité dans le cœur des Anglais face aux soldats américains, Lundy's Lane suscitera leur respect.

Les Américains rétrogradèrent vers le fort Érié, ils détruisirent le pont sur la Chippewa, jetèrent des fournitures des chariots pour y charger leurs blessés. Les Anglais durement saignés attendirent avant de se lancer à la poursuite des Américains et se retrouvèrent devant Fort Érié avec une armée américaine retranchée, ayant fortifié et étendu les défenses du fort et prête à défendre sa position coûte que coûte. Le fort comprenait 18 canons et 3 schooners prêts à supporter la position ; de plus, des renforts pouvaient rapidement venir de la rive américaine pour aider la garnison.
Pour les Anglais, un siège de 7 semaines allait commencer. Drummond établit son campement à 6 miles du fort américain mais, comme Brown devant fort George, il ne possédait pas d’artillerie de siège et espérait une sortie de la part de la garnison américaine qui bien sûr ne bougea pas…
Il attaqua le dépôt de Black Rock, mais les troupes anglaises débarquées dans la baie de Conjocta Creek, au nombre de 580 soldats, tombèrent sur 240 hommes du 1st regiment of rifle embusqués qui les mirent en déroute après leur avoir tué ou blessé une quarantaine d’hommes au prix de seulement 2 morts.
Finalement il se résigna à aménager une batterie comprenant un mortier de 8 pouces et 4 canons de 24 livres, le 12 août la batterie était prête. Le fort Erié fut bombardé mais ne subit que des dommages partiels à l’exception d’un obus de mortier qui fit exploser une soute à munitions. Drummond pensant que son bombardement était suffisamment efficace se prépara à lancer un assaut nocturne. L’attaque serait menée par trois colonnes sous les ordres du Lieutenant-colonel Victor Fischer et comprenait le 8th foot et le régiment suisse De Watteville, le 89th, le 100th, 103rd et 104th foot. La première colonne devait s’en prendre à la batterie américaine de Snake Hill, la seconde aux fortifications avancées et la troisième au fort Érié. Pour éviter d’alerter les Américains endormis, les Anglais de la colonne principale retirèrent les silex de leurs mousquets afin d’éviter un départ de coup accidentel qui alerterait toute la garnison ennemie, la baïonnette devant suffire comme à fort Niagara. Mesure de discrétion évidente qui allait se révéler désastreuse pour la suite. Mais dès le départ l’attaque se passa mal. La colonne de Fischer devant s’en prendre aux canons américains et aux fortifications du nord-est démarra avec une demi-heure de retard, buta sur des abattis et alerta les sentinelles américaines en tentant de les franchir. La riposte américaine causa d’énormes pertes aux assaillants. Les Anglais se retrouvèrent avec des échelles trop courtes de trois mètres pour franchir l’obstacle et subirent un tir dévastateur sans pouvoir répondre faute de mousquets fonctionnels.

Les indiens de John Norton devant effectuer des manœuvres de diversion ne se montrèrent pas. La colonne qui attaqua fort Érié sur la partie ouest subit de lourdes pertes et n’obtint guère plus de succès. Enfin parvenus au pied du Fort les Anglais de la colonne de William Drummond attaquèrent plusieurs fois avant de prendre pied sur une des demi-lunes du bastion du fort avant d’être pulvérisés par une énorme explosion qui tua Américains comme Anglais, enterrant du même coup le dernier espoir des Anglais de prendre le fort. Les Anglais se replièrent laissant 60 morts dont le colonel Drummond, 309 blessés et pas moins de 539 disparus (222 corps de soldats furent retrouvés dans les ruines du bastion détruit par l’explosion). Les Américains avaient perdu 84 hommes dans l’attaque. Le siège tournait au désastre pour les Anglais.
Jusqu’au 4 septembre, assiégeants et assiégés se livrèrent une guerre de harcèlement au moyen des nombreuses unités de tirailleurs que comptaient leurs armées respectives. Dans ces missions les riflemen américains obtinrent de beaux succès. Le général Porter lança même une sortie sur une des batteries anglaises qui tirait sur le fort mais fut repoussé. Finalement le 17 septembre, pressé par son adjoint Louis de Watteville, Drummond se décida à abandonner le siège et à retourner à Fort George. Mais c’est ce jour-même que choisirent les Américains pour lancer leur grande sortie.
Le général américain Porter et 1600 hommes de la milice et des réguliers contournèrent la position anglaise dans les bois et capturèrent sans problème la batterie numéro 3 ; les canons furent encloués et les munitions détruites. Couverts par les canons du fort, les Américains attaquèrent la batterie numéro 2. Malgré une contre-attaque de deux compagnies du 82th foot, la batterie numéro 2 tomba à son tour après un violent combat au corps à corps où les Américains supérieurs en nombre submergèrent les Anglais. Sur la dernière batterie, les renforts anglais arrivaient et repoussèrent les Américains ; harcelés par les glengarry light et les indiens, les Américains se replièrent. Le combat avait coûté la vie à 500 Américains (72 morts et 432 blessés). Les pertes anglaises étaient encore plus lourdes ( 115 morts, 178 blessés et 316 disparus). Le 21 septembre après avoir enterré leurs morts, les Anglais se retiraient vers le nord. Le siège leur avait coûté deux fois plus de pertes que la bataille de Lundy’s Lane pour aucun résultat. Voulant reprendre l'initiative, le général américain Jacob Brown souhaitait ardemment attaquer les forces anglaises du général Drummond. Malheureusement les renforts américains qui venaient de Plattsburgh étaient sous les ordres d'un major général beaucoup moins offensif que Brown : le Major général George Izard. Ce dernier préconisait une attitude plus prudente dictée par le risque de s'exposer à un échec équivalent à celui des Britanniques, si les Américains se lançaient sur leurs positions défensives établies au nord de Chippewa Creek.
Brown quitta finalement ses positions avec la moitié de ses effectifs dans le but de renforcer Sackett’s harbor où une attaque britannique risquait de se produire.
Izard à son tour décida de prendre une posture offensive et se dirigea vers le nord. Devant la position britannique autour de fort Chippewa il essaya de mener une attaque de diversion sur un dépôt anglais : Cook's Mill. La force américaine comprenait 1200 soldats des 5th, 14th 15th et 16th us infantry ainsi que des détachements de rifles et de dragons légers. Pour contrer son adversaire, Drummond envoya 750 hommes des Glengarry light, 6th et 104th foot ainsi qu'un canon de 6 livres sous les ordres du lieutenant-colonel Myers. Les deux forces se rencontrèrent le 19 octobre à l'est du dépôt. Bien établies dans les bois, les forces américaines restèrent indélogeables durant une demi-heure de combat. Profitant de leur supériorité numérique les Américains commencèrent à déborder le flanc britannique. Myers décida de battre en retraite après avoir perdu 36 hommes contre 67 pour les Américains. Débarrassés de la menace anglaise, les Américains détruisirent le dépôt et retournèrent à leur camp de Black Creek.
Bien que le combat ait tourné à l'avantage des Américains, le but étant de détourner des forces conséquentes des positions anglaises de Chippewa ne fut pas atteint. Drummond restant solidement sur sa ligne de défense, Izard décida d'abandonner le fort Érié après l'avoir détruit.

Cook's Mill fut le dernier combat sur le sol de la péninsule du Niagara et en dépit du succès tactique resta un échec stratégique. Après un autre accrochage à Malcolm's Mill les Américains abandonnèrent Fort Érié en novembre après avoir détruit une grande partie de ses installations et retournèrent sur leur rive de l’autre de la rivière Niagara. La campagne dans la péninsule du Niagara prenait fin et se révéla un ultime échec pour l’armée américaine qui néanmoins avait prouvé ses qualités combattantes aux troupes anglaises. Cette campagne avait coûté bien plus d’hommes aux Anglo-Canadiens qu’aux Américains, mais ces derniers avaient été incapables de coordonner leur effort avec la flottille de Chauncey sur le Lac Ontario, ce qui reste une des causes de leur échec. Le 12 septembre le HMS Saint Lawrence était lancé et ses 102 canons lui donnaient l’avantage. La flottille américaine ne pouvait plus lui contester la suprématie du lac et se réfugiait dans ses ports à la moindre alerte signalant son approche. Sans canons lourds Brown ne put prendre Fort George ce qui aurait entraîné la chute de la péninsule ; la coopération entre la marine et l’armée de terre fut calamiteuse.

La fin de l’offensive sur le Niagara signifiait aussi que les Américains avaient épuisé une grande partie de leurs ressources dans cette offensive et qu’ils devaient se résigner à subir la contre-attaque des Anglais que les 10000 hommes en provenance d’Europe n’allaient pas tarder à lancer sur le sol américain. L’heure n’était plus à l’invasion du Canada mais à la défense de la patrie. Que ce soit autour de la table des négociations ou sur le terrain, la guerre de 1812 approchait de son dénouement.

Représentation de E.C. Watmouth de l'attaque nocturne de fort Erié qui fut un désastre pour les anglais

Représentation de E.C. Watmouth de l'attaque nocturne de fort Erié qui fut un désastre pour les anglais

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