/ / /

Bien avant la guerre d'indépendance, le dynamisme américain en matière de construction navale n'était plus à démontrer, l’Angleterre elle-même y faisait construire une grande partie de ses navires marchands ; 1/3 des navires anglais étaient construits dès 1775 dans les cales sèches du nouveau-monde. En outre la construction navale américaine était plus compétitive que celle des chantiers navals européens. La grande richesse forestière du pays permettait d'alimenter facilement les chantiers de construction. Les marchands américains eurent donc une grande facilité à acquérir des flottes pour exporter les denrées produites sur leur sol et importer les produits manufacturés européens. L'indépendance des États-Unis ne modifia en rien ce commerce atlantique et les transits maritimes furent florissants particulièrement à cause de l'accroissement des besoins en produits alimentaires que la guerre en Europe avait suscités. Mais les troubles en Europe engendrèrent également des problèmes, La flotte marchande des États-Unis en ce début de 19ème siècle fut confrontée à deux écueils quant à sa libre circulation sur les mers. Les navires américains et européens étaient régulièrement attaqués par la piraterie barbaresque, c'est-à-dire les pirates musulmans qui opéraient depuis les côtes nord-africaines principalement depuis Alger et Tripoli. En mer Méditerranée, le commerce maritime américain était sous la menace constante de ces pirates et cette situation obligea le gouvernement américain à lancer en 1794 une série de mesures qui vit la création de l'US Navy grâce au « naval act » qui autorisait la construction de frégates lourdes, premières unités de ligne de l'US Navy. N'ayant pour l'heure aucun navire de guerre encore capable d'affronter l'ennemi barbaresque, les États-Unis se virent contraints d'accepter de payer des tributs pour la libération de leurs prisonniers et la libre circulation de leurs navires marchands. Mais de nouvelles exigences barbaresques concernant ce tribut annuel forcèrent les Américains à réagir différemment. Le choix de la réponse armée se fit sous la forme d'une audacieuse attaque maritime au moyen des frégates nouvellement construites. Quatre frégates attaquèrent Tripoli en 1803 mais lors de cette action, l'USS Philadelphia fut capturé par l'ennemi. Afin de restaurer l'honneur de la Navy, durant une attaque nocturne, le jeune Stephen Decatur, commandant l'USS Intrepid, anciennement navire barbaresque capturé par les Américains, détruisit le Philadelphia dans le port même de Tripoli. Cette action spectaculaire et audacieuse apporta beaucoup de crédit à la marine américaine dans le monde entier. S’ensuivit une période de blocus puis d'attaque sur les côtes libyennes afin de forcer la main au Sultan. Ce dernier cédera après la prise de sa ville par les US Marines et la paix revint temporairement entre les deux nations en 1805. Le problème barbaresque réglé, le commerce maritime des États-Unis fut cette fois pris dans la tourmente des guerres napoléoniennes.
Le second problème était d'importance car il était lié au conflit qui faisait rage en Europe depuis plusieurs années. Bien que prudemment, l'administration Jefferson avait choisi une posture de stricte neutralité à l'égard de cette guerre, les effets collatéraux de cette dernière ne tardèrent pas à impacter l'Amérique et plus précisément les routes commerciales maritimes garantes de son développement. La révolution française de 1789 avait renversé le roi de France, Louis XVI, et avait propageé des idées libertaires nouvelles sur le vieux continent qui s'opposaient au vieil ordre monarchique bien établi. Mais ce faisant, la France avait déclenché un état de guerre perpétuelle, depuis 1792, avec la plupart des monarchies européennes inquiètes et plus particulièrement l'Angleterre. Celle-ci était effrayée par la perte de son hégémonie commerciale et la stabilité de son empire que menaçait une France de plus en plus puissante. Succédant à une période de désordre politique en France, Napoléon Bonaparte, devenu empereur des Français le 2 décembre 1804, avait établi un nouvel ordre européen et les unes après les autres les vieilles monarchies cédèrent le pas devant la puissance de ses armées. L’ Angleterre bénéficiant de l'avantage insulaire et de la flotte de guerre la plus puissante du monde arrivait à continuer la lutte face à ce qui était devenu la plus grande puissance militaire continentale mondiale. Dans cette lutte à mort les échanges maritimes occupèrent une place prépondérante.
Incapable, depuis la bataille de Trafalgar en 1805, de venir à bout de l'Angleterre, Napoléon décida d'établir un blocus des côtes sous son contrôle et de fermer tous les ports au commerce anglais dans l'espoir de ruiner l' économie de la Grande-Bretagne. Ce blocus connu sous le nom de décret de Berlin de 1806 déclencha un blocus des côtes européennes par la flotte anglaise. Ce blocus interdisait l'exportation des produits manufacturés par la France et ses alliés ainsi que toute importation vers la France et coupait la France de toute communication maritime. La flotte marchande américaine, première flotte neutre du monde, se voyait donc dans l'impossibilité de commercer avec la France et l'Angleterre. En effet, si un navire américain se rendant dans un port français faisait relâche dans un port anglais, il était saisi et sa cargaison détruite ; de même s’il faisait relâche dans un port français il était arraisonné par un navire anglais et bloqué dans un port anglais. Le commerce américain florissant jusqu'en 1807 (107 millions de dollars de bénéfices commerciaux) chuta drastiquement dès l'année suivante. On estime à environ 947 le nombre de navires confisqués dans les ports européens à cause de ces embargos, plus de la moitié d'entre eux furent saisis par les Français.
Mais en plus de ces embargos économiques, la flotte marchande américaine subissait ce qui fut officiellement la cause première de la guerre de 1812: « l'impressment » ou l'enrôlement forcé des marins américains. La flotte de guerre anglaise totalisait un nombre énorme de navires et nécessitait un grand nombre d'hommes pour les armer. Pour fournir une telle quantité de marins les moyens classiques de recrutement ne suffisaient plus et on n'hésitait pas à pratiquer des kidnappings de marins dans les villes portuaires par l'intermédiaire des tristement célèbres « Press Gang » qui ciblaient la population mâle de 18 à 45 ans et apte au service à la mer. Cette pratique qui existait en Angleterre depuis 1664 ne suffisait toujours pas et la marine de guerre anglaise eut alors recours au harcèlement des navires neutres pour y rechercher d'éventuels déserteurs de la Royal Navy. En effet les conditions de recrutement et surtout de vie à bord des navires anglais provoquaient des désertions en masse. Ces déserteurs trouvaient bien souvent refuge à bord des navires américains, où ils étaient bien mieux traités et payés. Les navires marchands américains devinrent de ce fait la cible privilégiée de la Royal Navy et de sa traque aux déserteurs. C'est pourquoi les navires anglais arraisonnaient sans vergogne et au mépris du droit à la libre circulation des navires d'une nation indépendante, les bateaux de commerce des États-Unis. Si les Anglais récupèrent de la sorte de nombreux marins anglais en fuite ils « recrutèrent » aussi de force des marins américains qui n'avaient jamais mis les pieds sur un bateau anglais auparavant. Plus de 1500 citoyens américains auraient été enrôlés de force pendant le mandat du président Jefferson. En fait deux visions du droit maritime s'affrontaient, les Anglais estimaient être dans leur droit en récupérant d'anciens sujets déloyaux suivant le principe « Once subject is always a subject ». D'un autre côté, les Américains estimaient qu'une fois une période de cinq ans passée, tout étranger demeurant aux USA ou sur un de ses bateaux, devenait un citoyen américain à part entière et leur « récupération » par les Anglais était un rapt ni plus ni moins.
Cet outrage fait à la bannière étoilée sur les mers s 'aggrava quand en 1807 la frégate USS Chesapeake fut attaquée puis arraisonnée par le HMS Léopard. 21 marins américains furent tués ou blessés durant ce combat. S'en prendre à des navires de commerce était une chose inacceptable, mais attaquer sciemment un navire de guerre américain c'était un casus belli. Ulcéré par l'attitude des Anglais, le congrès réclama à corps et à cris une réponse militaire à cette agression. Le président américain Jefferson réussit à calmer la situation en obtenant des concessions (des marins américains prisonniers furent rendus) auprès des Britanniques qui avaient de leur côté désavoué le commandant du HMS Leopard pour son action contre la frégate américaine. La situation se calma un peu mais le harcèlement de la flotte commerciale américaine continuait et la libre circulation de ses marchandises était toujours compromise. Jefferson, pressé par l'opinion publique et son gouvernement, se décida à mettre en place une série de mesures économiques coercitives pour tenter de faire plier la France et la Grande Bretagne en particulier et les faire revenir à une attitude plus amicale à l'endroit du commerce maritime américain. La première de ces mesures fut « l'embargo act », loi passée le 22 décembre 1807, qui interdisait aux navires américains de faire commerce dans un port étranger. Cette loi visait d'abord à couper la France et surtout l’ Angleterre du lucratif commerce avec l'Amérique dont l'effort de guerre anglais dépendait pour une part importante (bois, rations de vivres pour l'armée de terre etc..). Mais l'impact fut avant tout négatif pour les États-Unis qui virent leur commerce décroître, les infrastructures et industries qui en dépendaient décliner. La contrebande, le mécontentement des marchands, les banqueroutes, l'effondrement de toute une partie du secteur agricole orienté vers l'exportation et les failles juridiques, firent de cette loi un échec. Particulièrement mal perçu en Nouvelle-Angleterre, l'embargo fragilisait la position du président Jefferson en renforçant le parti fédéraliste. Cette loi était considérée comme liberticide et contraire au droit individuel américain. Curieusement Jefferson s'était montré au début de son mandat opposé à tout pouvoir fédéral fort qui s’immiscerait trop dans la vie économique du pays et c'était exactement ce que cette loi était en train de faire. Un mois plus tard et malgré plusieurs décrets pour tenter de corriger ses failles, « l'embargo act » fut abrogé. De toute manière l'Angleterre avait trouvé d’autres débouchés pour son commerce et ses importations, notamment en Amérique du sud. La mesure suivante fut un autre embargo mais exclusivement tourné vers la France et l'Angleterre : le « non intercourse act », les navires américains pouvant faire du commerce avec les autres nations.
Madison, fut élu président des États-Unis en 1809 et avec lui, une ère de négociation avec les deux super puissances européennes commença. Il persuada le congrès de voter une loi qui annulerait l'embargo si la France ou l’Angleterre, consentait à lever l'interdiction de commercer avec les États-Unis. Si l'un de ses états acceptait de laisser libre accès aux bateaux américains, alors les États-Unis verrouilleraient l'embargo sur l'autre nation. La France saisit immédiatement la perche tendue par Madison et accepta de renouer des liens commerciaux avec les États-Unis. L’ Angleterre, de fait, devenait l'ennemie économique de l'Amérique et s'engagea dans un accroissement des tensions avec les États-Unis. Napoléon Bonaparte de son côté s'était fait un allié contre l'Angleterre, pour la première fois une démocratie et un état autocratique s'étaient trouvé un ennemi commun et entretenaient une alliance officieuse. Mais le chef de la France n'avait aucune intention de respecter sa parole et les bateaux américains continuèrent à être saisis dans les ports français. Les Américains dupés s'étaient érigés en adversaire de l'Angleterre et en un allié malheureux de la France.
En mer le harcèlement de la flotte marchande américaine continuait ; en 1811 la frégate anglaise HMS Guerrière arraisonna le USS Spitfire près de Sandy Hook au large du New Jersey et enrôla de force un de ses marins. La frégate américaine USS Président fraîchement construite fut envoyée pour patrouiller dans ce secteur et rencontra le sloop HMS Little Belt qu'il prit pour la Guerrière et entama la poursuite. Refusant de répondre aux appels à reconnaissance du USS Président, le sloop anglais fut attaqué par le navire américain et reçut une bordée qui lui tua 11 marins et en blessa 23. Les deux capitaines se renvoyèrent la responsabilité de ce regrettable incident.
Néanmoins désireuse de ne pas pousser la crise outre-Atlantique vers un point de non-retour, l'Angleterre de George III accepta de revenir sur un de ses ordres du conseil les plus durs contre les Américains. En effet le premier ministre Anglais Spencer Perceval fut assassiné le 11 mai et son successeur, Lord Liverpool, souhaitait une normalisation des relations avec les États-Unis et fut à l'origine le 23 juin 1812 d'une mesure visant à abroger un des décrets les plus durs contre l'Amérique. Mais la nouvelle mit trois semaines pour parvenir à Washington et arriva hélas trop tard puisque le 18 juin, le congrès des États-Unis votait, de justesse, la déclaration de guerre à la Grande-Bretagne. Madison fit appel aux volontaires à hauteur d'un premier contingent de 50000 hommes. Pour la seconde fois de leur histoire les États-Unis étaient en guerre contre la Grande-Bretagne, mais cette dernière déjà engagée dans une lutte à mort avec la France, était prête au combat et ses capacités militaires n'avaient rien à voir avec celles qu'elle possédait durant la guerre d'indépendance américaine.

Partager cette page

Published by Olivier Millet

Présentation

  • : les uniformes de la guerre de 1812
  • les uniformes de la guerre de 1812
  • : Ce site contient des informations sur la guerre de 1812, sur les batailles, les campagnes, les navires et armements des bélligérants et leurs uniformes
  • Contact

  • Olivier Millet
  • passionné d'histoire militaire et d'uniformes je mets à disposition de tous des dessins originaux sur un sujet tout aussi original. Ainsi que des informations sur la guerre de 1812 et 1846
  • passionné d'histoire militaire et d'uniformes je mets à disposition de tous des dessins originaux sur un sujet tout aussi original. Ainsi que des informations sur la guerre de 1812 et 1846

Recherche

INDEX

Me contacter

Site partenaire

banniere