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Qui a gagné la guerre de 1812 ?


Le traité de Gand stipulait un statu quo ante bellum soit un retour à la situation pré-conflictuelle de 1812 en ce qui concerne les limites géographiques. Bien que la paix fut signée, le traité de Gand ne résolut aucun des griefs qui avaient conduits les États-Unis à attaquer l’Angleterre.

La cause principale de la guerre, à savoir le harcèlement en mer, s’arrêta d'elle-même avec la fin de la guerre contre Napoléon. L’Angleterre n'ayant plus besoin de posséder une grande quantité de marins ni d'effectuer le contrôle des navires voguant vers l'Europe.
Le problème indien fut en partie réglé avec la mort de Tecumseh et de son projet de confédération indienne, mettant ainsi un terme aux menaces sur les colons des régions du Nord-Ouest. Plus au sud, la guerre Creek puis Séminoles chassa les tribus hostiles de Géorgie.
La situation entre le Canada et les États-Unis se normalisa d’elle-même mais les deux pays appliquèrent une série de mesures pour se tenir prêts si les armes devaient de nouveau parler à l’avenir. Les droits de pêche furent encore discutés longtemps et conduiront les pécheurs canadiens à affronter les garde-côtes américains mais sans jamais aller jusqu’à recourir à un nouveau conflit armé. Sur les grands lacs, l’accord Rush/bagot en 1817 conclut sur la nécessité de réglementer les flottilles militaires et limita le nombre et la taille des navires des deux nations.

Sur le plan humain le bilan de la guerre fut comparativement léger par rapport au conflit européen : 2260 soldats et marins américains furent tués et 4500 blessés au combat, 15000 autres moururent des suites de maladies, 1000 civils furent tués dans les actions de représailles essentiellement du fait des tribus indiennes.

 

Les Anglo-Canadiens affichaient un bilan quasi identique avec 1600 tués et 3679 blessés au combat, 3321 hommes moururent des suites de maladies. Soit au total environ 30000 hommes, en comparaison à Borodino en 1812, les Français et les Russes perdirent en une journée près de 70 000 hommes. De nombreuses villes et villages de la frontière nord ou de la côte est des États-Unis comme Newarck, York, Washington, Black rock, Buffalo,Havre de Grâce, Hampton, Plattsburgh furent plus ou moins détruits et avec eux des millions de dollars de fournitures et autres biens matériels. La guerre en Amérique augmenta la dette des britanniques de 25 millions de livres tandis que celle des États-Unis passa de 45 millions de dollars en 1812 à 127 millions en 1815.

Les pertes indiennes ne sont pas connues mais s’élevèrent probablement à plusieurs centaines de tués sur le champ de bataille mais aussi dans les actions de représailles menées par les Américains dans le Nord-ouest. Mais le bilan humain sera bien plus catastrophique après la guerre avec les exils forcés des différentes tribus vers l'Ouest, la guerre de 1812 marque le vrai commencement du déclin de la nation indienne vivant à l'Est des États-Unis.

La part prise dans les combats par la population noire est également notable. Des milliers d’esclaves prirent le parti anglais pour échapper aux plantations et combattirent en hommes libres dans les rangs des Royal Colonial Marines ou sur les bateaux de la marine anglaise. 1 3000 esclaves environs furent libérés des plantations du sud et s'établirent, pour la plupart, dans les colonies atlantiques comme Trinidad et Tobago. Après une médiation auprès du Tsar les anglais remboursèrent 1200000 dollars aux américains en compensation de cette perte de main d’œuvre. Les noirs combattirent également dans les rangs américains, bien que souvent relégués à des tâches ingrates. Concernée par le traité de Gand, la traite des esclaves devait être abandonnée mais, et bien que le Congrès ait déjà aboli sa pratique en 1808, elle perdurera jusqu’au milieu du 19éme siècle et sera une des grandes causes du clivage Nord /Sud et de la guerre de sécession en 1861.

Sur le plan militaire, le bilan contrasté des combats menée par la petite armée fédérale ne remis pas en cause le système des milices et des volontaires. Bien que cette milice ait montrée maintes fois ses limites dans les combats, elle était profondément ancré dans le mythe national, protégée par le second amendement de toute idée d'une armée professionnelle, seule capable de défendre le pays. Nous retrouverons les volontaires et les miliciens dans la guerre menée contre le Mexique en 1846 et la guerre de sécession en 1861. L’armée de terre américaine avait montré que bien formée elle pouvait tenir tête à n’importe qui, mais des efforts importants restaient à mener dans le domaine de la formation des cadres d’état-major, des officiers généraux et des branches spécialisées. L’armement, qui dépendait par trop des importations étrangères, sera essentiellement produit aux États-Unis grâce à un système de standardisation de la construction des mousquets et fusils et l’ouverture de nouvelle usine ouvrant la voie d’une ère de développement industriel nouvelle et potentiellement énorme.

Mais ce fut avant tout la marine qui profitera le plus des réformes qui allaient suivre. Les succès de la flotte militaire américaine cachèrent mal son incapacité à affronter la moindre escadre d’importance par manque criant de navires de classes supérieures. Ainsi la construction de  vaisseaux de 74 canons fut lancée dans le but de protéger les côtes et la libre circulation du commerce. En 1815 les 3 premiers navires de guerre lourds américains de 74 canons furent lancés : le USS WASHINGTON, le USS INDEPENDANCE et le USS FRANKLIN ; en outre le USS FULTON premier navire de guerre à vapeur fut également lancé et était innovant par bien des aspects (propulsion et armement de deux 100 canons de livres Columbiad sur affût pivotant). La marine de guerre ne fut pas la seule à bénéficier des progrès de la propulsion à vapeur. Le commerce et le transport fluvial firent un bond en avant  grâce à ce nouveau moyen de transport accroissant le commerce extérieur américain par l’exportation des denrées telles que le riz, le coton, le tabac ou le blé vers l’Europe et faisant des États-Unis une puissance économique prometteuse. Pour les Américains, la guerre de  1812 marque la naissance de l’idée que leur indépendance se jouait aussi sur les mers et que l’Amérique se devait de posséder une marine digne de ce nom.

Sur le plan territorial, les Anglais rendirent aux Américains les territoires qu’ils avaient occupé dans le Maine. Bien qu’ils aient affiché leur volonté de conserver fort Niagara et fort Mackinac tout en souhaitant se rendre maîtres de Sackett’s Harbor, les défaites de 1814 leur interdisaient de réaliser ces objectifs. De leur côté les Américains firent de même avec les terrains conquis en Floride mais le conflit contre les Creeks leur ouvrait la voie vers une appropriation des terres ancestrales d’autres tribus indigènes. Le « indian removal act » de 1830 força les tribus situées à l’est du Mississippi à migrer vers les territoires situés à l’ouest du fleuve. Les Sauks, Séminoles, Cherokees et Fox refusèrent. Ils affrontèrent l’armée américaine et furent vaincus. Les survivants s’installèrent dans les futurs Iowa et Oklahoma. Seuls les Cherokees tentèrent la voie légale pour contester cet « act » qu’ils jugeaient anticonstitutionnel. Bien que la cour suprême allât dans leur sens, le président Andrew Jacskon, farouche opposant à la cause indienne, en décida autrement et les 4000 Cherokees empruntèrent la  « piste des larmes » vers l’Oklahoma à travers des terres balayées par un vent glacial qui tua un indien sur 4. Au sud en Floride le conflit avec les tribus Creeks évoluera vers la guerre Séminole en 1817 que Andrew Jackson réglera d’une manière drastique en incendiant les villages, capturant Pensacola pour la seconde fois avant de signer le traité Adams/Onis qui cédait la Floride Espagnole aux États-Unis pour 5 millions de Dollars en 1819.
La frontière avec le Canada reprenait sa forme initiale mais demeurait une zone de tension, les deux états maintiendront longtemps des patrouilles et des forces militaires et ce jusqu’au 20ème siècle. Conscients de leur fragilité logistique, les Anglais établirent en 1820/1830 le canal Rideau pour renforcer leur capacité fluviale près du Saint-Laurent mais surtout assurer la sécurité de cette importante voie de communication en cas d’un nouveau conflit avec les Américains. Les forts furent renforcés, la ville de Kingston fut fortifiée avec notamment des tours Martello. Les Américains améliorèrent leurs propres forts et construisirent des routes pour faciliter l’accès au Canada en cas de nouveau conflit. Cet état de tension demeura un temps puis très vite les risques de guerre entre les deux nations s’estompèrent malgré des périodes plus chaudes comme la révolte de 1837 ou les raids des Fenians. Le conflit révéla également à l’état-major américain, dont l’excès de confiance de 1812 fut rapidement balayé, à quel point les États-Unis avaient besoin de mieux se préparer en cas d’un éventuel nouveau conflit avec l’Angleterre ou qui que ce soit d’autre.
 L’Espagne, alliée de l'Angleterre dans sa lutte contre Napoléon fut un adversaire de plus pour les Américains, mais le royaume ibérique était dans une crise majeure quant à la survie de son empire colonial en Amérique. L'invasion française avait déclenché en Amérique du Sud plusieurs mouvements indépendantistes2 qui visait à chasser les Espagnole du continent, du Chili à l'Argentine les espagnols étaient sur la défensive, l'attaque américaine contre leurs possessions de Floride et de Louisiane tombait au pire moment pour eux. Au sortir du conflit, l'Espagne ne pouvait plus assurer le contrôle de son empire et successivement les colonies hispaniques accédèrent à l'indépendance. Ce bilan fut plus que positif pour les États-Unis puisque la guerre facilitait la reprise de l’expansionnisme tous azimuts avec des gains conséquents les années suivantes. En outre la chute du parti fédéraliste, laissa le champs libre aux démocrates/républicains et à leur nouveau président James Monroe élu en 1820. Avec lui et sa doctrine de 1823, apparaissait le nationalisme américain qui ne laissait aucun doute aux autres nations du monde dans la volonté des États-Unis de conduire et d'aider le continent tout entier a se débarrasser de toute tutelle étrangère et de contrer toute ingérence par la force si nécessaire. La deuxième guerre d'indépendance de 1812 transcendait ainsi les frontières des États-Unis et  devenait le creuset de l'identité politique américaine : l'Amérique aux américains.

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